L’explorateur du silence
Lors d’une rencontre à Paris, Christian Bobin nous confie : » Il suffit juste de frotter pour faire ressortir le ton. Je ne réussis pas toujours, c’est la poésie qui fait voir les choses, ce n’est pas une décoration, ce n’est pas un agrément, c’est simplement le seul accès à ce monde et à l’autre. Quand elle a la grâce de venir, elle arrive et c’est une déflagration «
Explorateur du silence, Christian Bobin y consacre sa vie et son oeuvre. Ses grands thèmes de prédilection sont le vide, la nature, l’enfance, les « petites choses » comme il le dit lui-même. Pour ce poète, la solitude est une matière. Elle est plus une grâce qu’une malédiction. Cette solitude, il la connaît et la quête. Plus profondément encore depuis la disparition brutale de son amie l’été 1995. Un deuil qu’il raconte dans La plus que vive (Gallimard, 1996).
Le succès est venu plus tard, porté par la grâce d’un livre élégiaque consacré à la vie spirituelle de Saint François d’Assises, si justement intitulé Le Très-Bas, une oeuvre poétique et spirituelle dans laquelle il fait l’apologie des humbles, de la solitude méditative. Il tutoie François d’Assise et « fait lui-même un peu figure de franciscain aux pieds nus faisant jaillir sous sa plume des bonheurs inconnus au plus grand nombre » : « Il (Saint François d’Assise) n’ pas le goût des malédictions, ce goût des faibles. Sa voix et calme, si calme qu’elle fait s’approcher les pauvres qui ne connaissent du monde que des aboiements. Il emprunte la voie du Très-Bas, jamais celle du Très-haut. Il sait bien qu’il n’y a qu’un seul Dieu. S’il préfère l’infinie douceur à l’infinie colère, il sait bien que toutes deux procèdent du même seul infini – celui de l’amour. Il sait bien tout cela mais il préfère cette manière. Elle lui vient de l’enfance. Elle lui vient de ses premières années passées dans le giron de Dieu, sous les jupes de la mère (…) La mère sourit au loin, là-bas. La mère triomphe dans son chagrin. A ses côtés, un homme couvant sa colère, un marchand sûr de son devoir, un père certain de l’offense faite et qu’elle est impardonnable ».
Jouant sur les contrastes pour faire ressortir la quintessence du Très-Bas, c’est à dire de l’humain humble et fragile, poussière et maître de l’univers, cette hagiographie poétique sur la vie du Saint François d’Assises se lit également comme des stances prophétiques énoncées dans les titres des chapitres : Une question qui désespère de sa réponse, D’ailleurs, il n’y a pas de Saints, Douceur du Néant, Quelques mots pleins d’ombre, Image sale, image sainte, Cette vieillerie de Dieu…
Dans sa vie quotidienne, cet écrivain célèbre, loin des feux de la rampe des célébrités littéraires se confond presque à cette ascète : « Ma vie, avoue-t-il dans son nouveau livre, Louise Amour, s’était passée dans les livres, loin du monde, et j’avais, sans le savoir, fait avec mes lectures ce que les oiseaux par instinct font avec les branches nues des arbres : ils les entaillent et les triturent jusqu’à en détacher une brindille bientôt nouée à d’autres pour composer leur nid».
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