L’ivrEscQ : Pouvez-vous nous dire en quelques mots que ressent un jeune auteur, pas connu sur la scène littéraire qui vient d’être primé par un prix littéraire important par sa valeur financière et sa symbolique dédié à la mémoire d’Assia Djebar… Autrement dit parmi une sélection de livres importante, votre premier roman L’Aube au-delà est primé ?
Amine Ait Hadi : D’abord un pur bonheur et un honneur, je n’en reviens toujours pas. On a probablement été sensible à mon roman qui s’inscrit dans une perspective à la fois fantastique et historique. L’histoire relate les péripéties psychiques d’une jeune fille qui se prénomme Meriem, ce personnage principal baigne dans un contexte personnel tragique lié à une époque noire, des années sombres de l’Algérie. Aussi, je traite beaucoup de thèmes en même temps : la douleur intime des individus, l’horreur sociale, les tabous de notre culture ainsi qu’un intégrisme religieux qui attise la bête humaine.
L.: Un prix littéraire, ce n’est pas ce qu’on aborde dans un ouvrage, à mon sens, mais plutôt en plus de cela, le style, la manière de raconter, d’écrire…
A.A : Oui, j’en conviens, aussi souvent cette forte émotion que ressort d’un livre, parfois, la sensibilité des sujets traités. Le lecteur s’identifie toujours d’une manière plus forte lorsque la thématique du livre l’interpelle, je crois même que L’aube au-delà s’axe justement dans cette perspective.
L.: Votre roman traite principalement à travers son principal personnage «Meriem» et durant toute la trame narrative, une histoire à la fois personnelle, sociale mais également tragique, celle de tout un peuple durant une sombre époque de son Histoire. Pourquoi le choix de ce sujet d’écriture pour un premier roman ?
A.A : A mon sens, je crains que l’Algérien ne puisse maîtriser la vérité sur son Histoire. Etant, moi-même, ce jeune ayant assisté à des scènes d’horreur qu’a connues notre pays pendant la décennie noire, j’ai ressenti ce sentiment fort, presque un désir d’interroger encore et encore ce passé indigeste qui m’habite et habite nos concitoyens… Nous ne pouvons faire table rase de ce qui nous taraude encore. D’où ce choix des sujets traités dans mon livre.
L.: Parlez-nous de L’Aube au-delà avant et après le prix Assia Djebar ?
A.A : Avant sa nomination, j’étais, bien évidemment, attentif aux appréciations de mes amis, de mes proches qui ont été mes premiers lecteurs.Au départ, ils me reprochaient un style trop pointu au niveau de l’usage des mots, qui selon eux, sont difficiles à comprendre, ensuite en ce qui concerne le lectorat de manière générale, il y a eu une bonne impression à mon avis toutefois, suite au prix d’Assia Djebar qui m’honore vraiment, les lecteurs se penchent plutôt sur l’aspect thématique qui les intéresse de plus en plus.
L.: Pensez-vous que votre roman soit dans l’écriture transgressive ?
A.A : Absolument, puisque la douleur presque inhumaine que ressent Meriem traite le tabou dans toute sa dimension. Une mise à nu, de ce personnage important du roman, est extrêmement transgressive car en évoquant le crime, le viol et la barbarie du terrorisme, j’arrive à dire les non-dits. Vous savez le mot «terroriste», l’Algérien ne pouvait même pas le prononcer à l’époque. Et puis, l’Islam en tant que religion de paix, en tant que quidam, issu de culture musulmane, ne doit jamais se restreindre au dogme barbare qu’est l’islamisme. Cela encore un tabou d’en parler, mais moi je le fais.
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