Qui a dit qu’une librairie ne peut, à l’heure d’aujourd’hui, ouvrir ses portes en Algérie? Les statistiques, bien sûr, mais aussi les éditeurs, les auteurs, les universitaires, les habitués des lieux livresques et les médias. Récemment un nouvel espace a été inauguré. L’ivrEscQ a rencontré les protagonistes de ce lieu : Yamina Belaïd et son fils Aghilès, l’administrateur de la librairie Mouloud Feraoun, située dans le quartier d’Hussein Dey, à la sortie de la bouche de métro Amirouche.
L’ivrEscQ : Comment vous est venue l’idée d’ouvrir une librairie alors qu’à Alger et dans d’autres régions du pays, la librairie fait figure de parent pauvre ?
Yamina Belaïd : Cela n’a pas été si simple que cela. Nous avons mis du temps à l’ouvrir, et surtout à risque, oui, à très grands risques même ! Je suis directrice de ma propre école privée, donc, par ma fonction, j’ai pu constater que les enfants ne lisent plus. Ils ne sont plus en contact avec les livres. Se rendre compte du niveau qu’ont atteint nos enfants en culture générale, en langues et autres axes du savoir : c’est si navrant ! La méconnaissance est régnante. Cela nous donc a poussés à réagir, de surcroît, mon fils voulant voler de ses propres ailes et ne plus rester dans le milieu scolaire. Nous avons longtemps réfléchi et on s’est dit que ce serait bien d’être complémentaires. Il est vrai que nous avons pris un risque pécuniaire mais si on parle de «bien-être», c’est un bonheur de pouvoir orienter les enfants; leur montrer que le livre qui commence à disparaître un peu partout dans le monde, est quelque chose d’indispensable. Source du savoir.
L. : Comment vos proches ont-ils réagi ? Sont-ils conscients de ce que vous poursuivez comme challenge ?
Y. B. : Je me souviens en avoir discuté avec mes enfants dont deux sont à l’étranger. Lorsque j’ai parlé avec ceux-ci du projet de leur frère, ils se sont écriés «et depuis quand les livres se vendent-ils en Algérie? Pourquoi ce créneau ? Alors que c’est beaucoup plus simple de faire autre chose !» Son père, lui, est un immense lecteur et, sincèrement, je n’ai jamais vu quelqu’un lire autant. Il n’a absolument rien dit ; il attend de voir les choses –tout comme moi– et notre plus grand souhait, c’est que notre fils ne désespère pas. Il y aura des moments difficiles, des hauts et des bas mais, surtout, qu’il ne se décourage pas, qu’il ait confiance en lui, en ce qu’il fait et en la bonne cause qu’il défend.
L. : Pourquoi le choix s’est-il arrêté, pour l’enseigne de la librairie, à Mouloud Feraoun ? Êtes-vous apparentés ?
AghilèsBelaïd : Non, c’est parce qu’il est mon auteur algérien préféré ! Je connais son œuvre depuis l’âge de seize ans et si mon premier livre lu fait partie de la littérature américaine, mon premier livre écrit par Mouloud Feraoun a été Le fils du pauvre !
L. : Vous avez établi une thématique de titres allant des ouvrages universalistes à la grande littérature et des ouvrages universitaires aux livres jeunesse. Qu’est-ce qui sera pour vous le plus déterminant ? Serait-ce la grande littérature, les livres techniques ou avez-vous déjà une idée précise de la demande ?
Y. B. : Il faut noter qu’il y a aussi le scolaire et le parascolaire que nous entendons développer, mon fils Aghilès ayant à les gérer d’ailleurs. Pour ce qui me concerne, je pense que chaque individu doit trouver son compte. Certes, nous voulons que ce soit de la littérature mais chacun doit être satisfait et doit y trouver ce qu’il recherche…
L. : Vous avez ouvert une petite salle ludique aux enfants mais les adultes auront-ils un espace comme, par exemple, un café littéraire ou un club de lecture ?
Y. B. : Pour les petits, je pense d’abord aux petits et là, nous avons aménagé une petite salle, un coin lecture pour les enfants, avec une meïda autour de laquelle les petits peuvent s’asseoir. Nous sommes en train de mettre tout cela en place avec des cartes lecteurs. Nous avons même créé le club Fouroulou inauguré, début juin par Ali Feraoun. Actuellement, c’est au ralenti en raison des vacances mais qui entrera en activité à la rentrée avec les écoles ayant demandé à y participer. Des concours seront prévus en littérature classique et livres jeunesse ainsi que des ateliers d’écriture autour des contes et des nouvelles. Les concours de lecture seront organisés autour des romans de Mouloud Feraoun mais aussi sur d’autres romans classiques ou moins classiques. Pour l’écriture, les enfants et les élèves de lycées pourront écrire des contes, de la poésie, des nouvelles, des romans –pourquoi pas ? Nous avons discuté avec Ali Feraoun pour éditer certains écrits des enfants et encourager par un prix d’autant qu’il y aura trois clubs, futurs participants : ceux de Tizi-Ouzou, de Sétif et le nôtre. Nous passerons ensuite aux concours régionaux et ensuite à l’échelle nationale.
L. : Ferez-vous venir des auteurs et le club Fouroulou sera-t-il hebdomadaire ou mensuel ?
Y. B. : On fera venir des auteurs pour les adultes. Le club, lui, aura lieu chaque mardi et chaque samedi matin pour permettre à toutes les écoles de participer. En général, nous allons structurer à l’intérieur des écoles car, autrement, ce serait impossible dans la librairie. À l’intérieur de notre espace, il sera seulement question de finaliser les rencontres officielles ou peut-être mensuelles, en ce sens que les écoles passeront une fois par mois pour finaliser les concours qui seront, bien sûr, annuels.
L. : Si vous aviez à dire quelque chose aux potentiels libraires, quel serait votre conseil ?
Y. B.: Je leur dirais de s’armer de courage et d’ouvrir leur librairie ! (…)
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