Introduction
Qui suis-je ? Ou plutôt : où suis-je ? D’où est-ce je parle ? Quelle est ma position dans le champ littéraire critique ?… Pour moi, la critique littéraire relève du discours amoureux ; ce n’est pas une science, c’est une matière où il entre plus de passion que de science, et peut-être plus de ressentiment que d’amour. Je peux en parler en tant qu’acteur, témoin ou victime (car il m’est arrivé d’écrire des livres…) mais il m’est difficile d’en faire un objet d’étude circonscrit/délimité, étant moi-même à la fois dedans et dehors, étant en même temps celui qui observe et celui qui est observé ! La critique littéraire, c’est : de la théorie (un peu), de l’écriture (avant tout), du combat, du plaisir… Bien avant Balzac (et le dessinateur Daumier), le sujet appelle la satire, le pastiche, la parodie, la caricature, plutôt que l’investigation ; et l’esquisse, plutôt que le traité. Disons : de la subjectivité, ce qui n’empêche pas de vouloir ici, avec vous, penser la chose.Comme la plupart des critiques littéraires, je me lasse vite de tout comprendre (pour ne pas tout détester), je m’efforce d’aimer. Je n’excuse pas leurs erreurs ; je connais leurs défaillances, leurs remords, leurs joies; je partage la plupart de leurs illusions ; je ne suis pas exempt de leurs duperies. Je les épie parfois comme les soldats fous d’une guerre perdue, égarés dans la jungle… Leur combat peut sembler inutile, leur complainte est vaine. Car leur cause est entendue – et indéfendable, n’est-ce pas ?… Ne parlent-ils pas une langue oubliée, une langue morte ? Quelque chose comme de l’étrusque ou de l’ancien perse !…Peut-être. C’est aussi pourquoi je les déchiffre (j’essaye), je les écoute, je les surveille, et je leur pardonne. S’il s’agit d’ériger ici un tribunal, je ne serai ni leur avocat, ni leur procureur ; je me mets au rang des accusés. Je suis, au mieux, un suspect. Je ne vais pas mentir, je suis dans le sérail jusqu’au cou, averti que nous finissons tous par acquérir, en toute sincérité, les convictions qui servent nos intérêts. Peut-être sont-ils devenus, à leur insu, les chiens de garde du système. (Quand je dis «ils» – j’insiste ! -, c’est un «nous» qu’il faut entendre – un «nous» qui n’est pas que rhétorique et qui désigne une génération (la mienne), des mœurs, une somme de croyances plus ou moins partagées). Mais, contrairement à beaucoup d’autres, c’est la vérité qu’ils adorent et qu’ils croient pouvoir dire, parfois en prêchant dans le désert ou en s’égosillant contre les «marchands du temple»… A force de fréquenter des écrivains, la vérité est l’objet au moins imaginaire de leur désir ; ils en savourent le goût ancien, même refroidi. La preuve, ils adorent conspirer contre eux-mêmes, comme je vais le faire ici…
Critique de la fin, fin de la critique ?…
Je ne suis pas sociologue, je ne prétends pas l’être, mais comment, aujourd’hui, détacher un discours sur la critique littéraire, en France, (je ne sais pas si c’est le cas chez vous, en Algérie) d’une idéologie du déclin qui affecte globalement l’économie, la société, la culture – et qui s’expose sans relâche dans les médias ? De quoi s’agit-il ? Je voudrais d’abord définir le contexte dans lequel notre métier s’exerce, le climat général, qui nous environne et qui nous affecte.Je résume. Crise de l’Occident, fin de l’Histoire, mort de la Littérature – personne n’échappe, en France, à cette dramaturgie de l’ultime, à ce grand récit final et funeste qui ne cesse d’enfler dans les médias et dans les consciences. Je ne nie pas sa part de réalité mais je m’interroge : n’estce pas devenu désormais un lieu commun, assorti de slogans un peu vides, qui pèsent sur tout effort de la pensée ? Comme si on se contentait, faute de clés, faute d’une idée de l’avenir, faute de nouveaux paradigmes, d’agiter en chœur les grelots de la postmodernité tardive !… Critique de la crise, crise de la critique –à entendre certains, tout fout le camp, c’est la fin des haricots, nous sommes déjà morts !… A l’origine, on préfère l’oublier, c’est le même mot– du grec krisis, «rupture, décision, jugement». C’est ce sens-là qui m’intéresse. La crise, c’est aussi le «moment décisif», encore incertain, souvent douloureux, mais qui peut se révéler source de profit – les spéculateurs le savent, qu’ils soient gens de finance, gourous ou politiciens ! Un autre mot m’importe : responsabilité – sponsio, spondere, en latin, «se porter garant, promettre, s’engager». Etre responsable, c’est répondre– «répondre présent», comme disent les footballeurs après un match engagé. Le critique est, lui aussi, dans l’obligation de cette présence, à soi et à autrui, qui ignore pourquoi et de quoi elle doit répondre… On peut se poser plus simplement la question, quand on est journaliste: qu’est-ce qui se cache sous le mot aujourd’hui ? Par exemple : savonsnous encore admirer (ou blâmer)? Où qu’on soit, en France –est-ce aussi le cas en Algérie ?–, il semble qu’on préfère protester, retentir, ricaner, réclamer, ou… tweeter. Rien de mieux à cet effet que la caricature, la parodie, la dérision. A l’info se substitue le buzz, cette forme mondialisée, virale, de la rumeur (et de la calomnie). Nous ne pratiquons plus l’apologie que sous une forme ironique, publicitaire ou paradoxale. La vérité? Dans les médias, on appelle cela : la visibilité (ou la transparence). Aujourd’hui, plus c’est bas, plus c’est drôle, et plus c’est dégueulasse, plus c’est vrai ! Au choix: l’esclaffement ou la flatterie. Avec cela, l’éloge de l’apocalypse prolifère – le mot a perdu son sens originel de «révélation» et ressortit au vocabulaire du marketing. Dès lors, la critique littéraire a-t-elle encore un sens ? Et la littérature ? Méritentt-elles seulement qu’on s’interroge encore à leur endroit ?… Aujourd’hui, en France, vivre, aimer, produire ou créer, c’est subir une crise, comme on reçoit la fessée ! Estce parce que la «démocratie» représente une «menace pour la littérature» comme l’avaient prophétisé en Amérique Henry James et Tocqueville ? Il suffit pour s’en convaincre de relire, par exemple, le roman Les Bostoniennes dans lequel l’Américain Henry James décrit «l’extraordinaire basculement d’un monde gagné à la fois par la banalité esthétique et la médiocrité morale, et durci par l’âpreté des rapports humains» (Mona Ozouf). Le nôtre déjà ?… Pour James, ce qui brouille la distinction entre l’espace privé et l’espace public, ce qui fait que les êtres sont livrés sans rémission au «souci exclusif de produire» et à «l’exhibition de la publicité», sous prétexte de s’affranchir des conventions et des tabous, c’est : la démocratie ! Et ici, en Algérie, les choses étant ce qu’elles sont, ditesmoi, ça se passe comment ?…Est-ce si différent ?… Le monde glacé dont James redoute le triste avènement ressemble furieusement au nôtre. Commerce-roi, acquisition frénétique des richesses, inculture (non plus honteuse mais agressive), conformisme (travesti en rébellion), confusion des rôles et des comportements, abolition des catégories d’âges, de sexe, de classe, de pouvoir… On ne s’est jamais vu aussi différents et on n’a jamais été autant pareils ! Avec pour conséquence un accroissement éhonté des inégalités et des injustices ! Henry James a pressenti que «la passion de l’égalité» serait désastreuse pour l’art et la littérature, élitistes et hiérarchiques par essence. Car non seulement l’idéal égalitaire (selon James) méprise l’excellence mais il tend à refuser toute hiérarchie entre les œuvres, et même à faire disparaître toute distinction entre le texte et le commentaire, en soupçonnant (ou en ridiculisant) ce qu’en peut dire l’auteur. La mort de l’auteur n’est-elle pas inscrite dès lors dans l’affirmation de l’égalité entre toutes les lectures possibles, dans «le refus d’un point de vue autorisé» ?… Après Warhol, après Debord et Baudrillard – mais, justement, y a-t-il un après ?–, on le dira autrement : de nos jours comme jamais, la fashion est partout et l’élégance rare. Beaucoup de mode mais peu de goût : telle est la nervure centrale de ce temps spectaculaire et tentaculaire («spect(ent)-aculaire», comme le dit Cécile Guilbert) où «l’incessant recyclage de la vieillerie en nouveauté se double de la transmutation de toute marchandise en camelote». Autant dire que «la fausse monnaie règne partout» et que, dans un monde régi exclusivement par la mode, le luxe n’est plus qu’une «instance hyperbolique de la pacotille». Est-ce une crise de «civilisation» ? Certains l’affirment : «Transmettre, c’est faire traverser le temps à une information, d’hier à demain. Communiquer, c’est lui faire traverser l’espace, d’ici à là-bas. La première opération est affaire de civilisation ; la seconde, de clic et d’écran» (Régis Debray). Qui peut dire le contraire ?Précisons. On transmet verticalement ; on communique horizontalement. Transmettre, c’était bien ; communiquer, c’est nul !… Car quand on communique, tout se vaut. Conséquence : tout s’avilit, tout s’abaisse. Dès lors, confrontés à l’abandon flagrant des valeurs attachées à un monde ancien (et incapables d’en entrevoir de nouvelles), comment distinguer à coup sûr un homme honnête (ou un honnête homme) parmi la foule des guetteurs hystériques, des augures, des faux prophètes, des tartuffes, des jocrisses ? C’est l’un des problèmes.Cette esthétique (ou cette idéologie) de la fin (qui consiste à s’émouvoir en frottant son archet parmi des ruines et des temples abandonnés) est, on le sait, une posture politique et littéraire qui n’est pas neuve – Joseph de Maistre, Chateaubriand ou Bernanos en offrent des exemples illustres dans la littérature française. (Ce sont des écrivains «réactionnaires», ce qui, à mes yeux, n’est pas une insulte dans les époques qui perdent la mémoire). C’est aussi un modèle qui échoue à rendre compte de la réalité tout en prétendant en épuiser le sens –abusivement et subrepticement–, ce qui est le propre d’une idéologie. Au vrai, à rebours des oraisons funèbres et des pires présages, nul ne pense que la société réelle soit entièrement soumise à ce modèle mais il nous imprègne ; on le reproduit, on le propage malgré soi, inlassablement. (Peut-être pour se donner le moyen, en comparant ce qui est à ce qui a été, ou ce qui est à ce qui devrait être, de percevoir comment notre société fonctionne, de la critiquer ou d’en déplorer les défaillances, ce qui revient immanquablement à s’apitoyer sur soi). Si ce n’est pas, loin de là, une singularité française, et si ce n’est pas nouveau, cela acquiert aujourd’hui, en France, les accents d’une mode enragée. Est-ce un phénomène «culturel»? Oui, ce qui aggrave notre cas. Car, en France, la culture, avec la force d’un mythe national et la persistance d’une institution (dotée d’un ministère), a longtemps été un lien crucial, plus déterminant et plus essentiel, que : l’origine ethnique, la religion ou l’argent. Ce n’est plus tout à fait vrai, ce sont désormais les économistes qui se chargent de tout expliquer et de tout prédire, comme jadis les théologiens, mais nous adorons remâcher les causes perdues – Dieu, l’Europe, la Grèce, la république, la monarchie, le madrigal, l’Algérie française (je plaisante !). Dès lors, le critique littéraire se retrouve dans la situation infortunée d’un Habsbourg siégeant à la Société des Nations au lendemain de la Guerre de 14-18 !… C’est risible. Critique de la fin, fin de la critique. La critique littéraire, en France, se plaît à mimer les incantations fourbues que l’époque nous inflige. Comment d’ailleurs ne pas s’alarmer si la littérature elle-même est condamnée, comme certains l’affirment ou le prédisent avec emphase?… À en croire les titres et les incipits macabres de leurs ouvrages, la messe est dite ! Quelques exemples, en vrac : Le Crépuscule de la culture française de Jean-Marie Domenach, L’Adieu à la littérature de William Marx, Contre Saint-Proust ou la fin de la littérature de Dominique Maingueneau, La Littérature en péril de Tzvetan Todorov, Le Dernier écrivain et Désenchantement de la littérature de Richard Millet, Dernier royaume de Pascal Quignard, Premier bilan après l’Apocalypse de Frédéric Beigbeder, etc. A quoi bon écrire encore des livres ? Les meilleurs auteurs, gagnés par une invincible mélancolie, semblent adopter la devise de Cyrano de Bergerac : «C’est plus beau quand c’est inutile» tout en continuant à écrire et à se battre, sans illusion : «C’est parce que nous sommes restés très longtemps sédentaires, rêveurs ou insurgés, provinciaux, dans un univers mal désenchanté, que les livres furent inséparablement, pour nous, révélation et délivrance. Comment la jeunesse d’aujourd’hui s’y retrouverait-elle ? C’est d’un univers soudain révolu qu’ils parlent et celui qui l’a supplanté affiche ouvertement son offre et ses prétentions. Pour ces diverses raisons, qui ne tiennent pas à la littérature ni à son enseignement mais au cours des choses, à la conversion d’une vieille nation à la culture néo-libérale, je nourris quelques inquiétudes non seulement sur l’enseignement de la langue et de la littérature, mais sur leur existence future», écrit Pierre Bergounioux. D’où la question : la littérature n’est-elle devenue qu’un loisir, parmi d’autres ? Faut-il en parler comme d’un vin dont on aurait oublié le nom ?… Et cette question en appelle une autre : sommes-nous – nous, Français – si lucides parce que nous sommes vaincus ?… Par tempérament, je suis tenté, je ne vous le cache pas, de questionner ici cette insistance unanime. Tous ces discours de Cassandre qui proclament la fin de la littérature – fondés sur des modèles classiques et des références ancestrales, c’est-àdire sur des souvenirs transformés en regrets – me paraissent suspects, et dangereux, précisément parce qu’ils sont unanimes. Par instinct, par goût, je suis tenté de résister à la nostalgie – c’était mieux avant ! – et à la lamentation – mon Dieu, c’est affreux, ce qui nous arrive ! Je crois nécessaire de lutter contre l’affliction et la morosité sans céder à la panique générale, sans illusions, sachant que «nos engagements et nos passions, nos vérités et nos mensonges sont à la fois des chemins qui nous mènent aux œuvres et des obstacles qui nous en interdisent l’accès» (comme le disait mon maître Richard Marienstras). Ce n’est pas gagné.
Situation de la critique en France aujourd’hui
«Trouver son salut en continuant de s’en remettre aux histoires partagées pour comprendre le monde», lisait-on dans une page du Monde des Livres (20 septembre 2013), consacrée à trois romans de la rentrée littéraire (Génération A de Douglas Copland, Faber. Le destructeur de Tristan Garcia et Immortelles de Laure Adler). Cela, c’est ce que croient ou veulent croire encore la plupart de ceux qui publient des oeuvres littéraires et de ceux qui en lisent – fussent-ils las et déprimés ! –, puisque, bon an, mal an, ils s’obstinent, ils persévèrent. Pourtant, pour une majorité de Français, notamment la génération des 15-25 ans, cette phrase est devenue (presque) incompréhensible. De quoi leur parle-t-on ? «Trouver son salut en continuant de s’en remettre aux histoires partagées pour comprendre le monde !…» Ca veut dire quoi ?… Cette confiance illimitée dans le pouvoir souverain de la littérature, ce magistère implicite, ce credo, qui en gros a eu cours en France de Montaigne à Roland Barthes, la majorité des Français l’ont, semble-t-il, perdu en même temps qu’une certaine idée de la culture – réputée générale, universelle, française, écrite, mémorable – perdait sa signification dans le champ social, notamment éducatif. Ce qui a changé ? Notre accès au savoir, notre rapport au temps et à l’histoire, notre place dans le monde, notre idée de l’homme. Rien que ça !… «L’œuvre d’un écrivain, passé l’ère classique, s’installe de moins en moins dans la durée comme un absolu, de plus en plus comme un état temporaire ou un garant, qu’on réactive occasionnellement pour les besoins de l’«idéologie dominante» ou de la technique littéraire du jour, observait Julien Gracq dans les Carnets du grand chemin. Ce que nous appelons immortalité n’est le plus souvent qu’une continuité minimale d’existence en bibliothèque, capable d’être remobilisée par moments, pour cautionner la mode ou l’humeur littéraire». Avec d’autres armes, Eric Loret, journaliste et critique à Libération, enfonce le clou au cours d’un séminaire intitulé «La critique impossible?» à l’Institut Français de Presse en 2011 : «On pourrait déplorer la part de plus en plus réduite de la critique, la guerre que lui mènent les lecteurs comme les patrons de presse. Un quotidien qui aujourd’hui veut survivre n’a semble-t-il pas de pire ennemi économique que la critique. Ce n’est cependant pas au nom de l’économie qu’on reproche à cette critique son existence, mais au nom de la politique, au nom de la démocratie identifiée au libéralisme. La critique serait élitiste : elle ne parle pas de ce dont tout le monde parle ni de la façon dont tout le monde en parle, sans qu’on sache toutefois ce que recouvre politiquement ce tout le monde». Elle serait «formaliste»… En somme, (si vous me permettez l’expression) «elle pinaille quant au réel»…La faute à qui ? Interrogeons-nous plutôt : la littérature est-elle devenue vraiment un vestige, une persistance, une nostalgie ?… Les études classiques –les humanités, comme on ne dit plus– sont en voie d’abandon. «Les facultés des lettres et de langues se délabrent à grande vitesse, les classes littéraires des lycées sont en chute libre, note Claude Burgelin. Au-delà, ce sont les pratiques mêmes de lecture qui semblent atteintes. Rien de surprenant à ce que la critique soit un des premiers étages de l’édifice à s’écrouler». Outre l’école, un autre relai fait gravement défaut : la presse écrite. (Là encore, la France est un peu le mauvais élève de l’Europe : les Allemands, les Anglais, les Italiens, les Espagnols ont de meilleurs journaux que les nôtres). Depuis les années 60-70, les quotidiens et les hebdomadaires français n’ont cessé de réduire l’espace accordé à la critique littéraire, le reléguant parfois sur leur site en ligne comme L’Express ; certains titres spécialisés ont disparu (Les Nouvelles Littéraires, Les Lettres Françaises), la plupart des autres sont menacés, à moins d’être sous la protection d’un mécène, comme La Revue des Deux Mondes. Depuis longtemps, on déplore les sottises et la fausseté des journaux, bientôt on déplorera plus encore leur absence. «Je me suis éveillé au monde vers le milieu des années 1960, se souvient Antoine Compagnon, juste au moment où cette critique explosait avec l’arrivée des baby-boomers dans les facultés, quand elle constituait un attrayant produit d’appel dans un journal, quand La Quinzaine Littéraire, Le Magazine Littéraire, «Le Monde des Livres» voyaient le jour. Aujourd’hui, plusieurs quotidiens américains – dont le Los Angeles Times et le Washington Post – ont déjà supprimé leur supplément du dimanche sur les livres, ou bien s’apprêtent à le faire». Qu’un journal soit en difficulté, et ils le sont tous à plus ou moins court terme, qu’il doive faire des économies, aussitôt c’est la section « culturelle », le littéraire, qui trinque. Concurrencés par la presse gratuite et Internet, les quotidiens parisiens (et par conséquent les pages qu’ils consacraient aux livres) ont perdu 800 000 lecteurs, entre 1997 et 2003 ! La généralisation du haut débit conduit aujourd’hui des millions de lecteurs à consulter des sites d’information gratuits plutôt que des journaux payants : la littérature ne semble pas y être le souci principal. Pas plus que dans les journaux électroniques, Rue 89, Bakchich ou Mediapart, qui n’en font pas secret : l’actualité littéraire ne figure pas parmi leurs priorités. En attendant, la presse littéraire, hier si vivante, se survit péniblement ; les conditions de travail des journalistes, et notamment celle des pigistes (sans lesquels tout le système s’effondrerait) sont de plus en plus précaires.
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