Première lettre de Feraoun à Camus
Cher monsieur, Taourirt-Moussa, le 27 mai 1951
Je viens de recevoir ici, à Taourirt-Moussa, la visite de mon ami Roblès. Il m’a dit tout le bien que vous pensez de mon petit ouvrage et m’a donné votre adresse que je désirais connaître depuis longtemps. L’hiver dernier, j’avais demandé à Pierre Martin du S.C.I.(1) de vous faire parvenir un exemplaire de Le Fils du pauvre. Lui aussi pouvait me communiquer votre adresse mais je n’avais pas osé vous écrire. Je suis très heureux d’avoir réussi à vous intéresser parce que je vous connais depuis longtemps. Je vous ai vu en 1937 à Tizi-Ouzou. Nous étions bien jeunes. Vous écriviez des articles sur la Kabylie dans Alger républicain (2) qui était notre journal, puis j’ai lu La Peste et j’ai l’impression d’avoir compris votre livre comme je n’en avais jamais compris d’autres. J’avais regretté que parmi tous ces personnages il n’y eût aucun indigène et qu’Oran ne fût à vos yeux qu’une banale préfecture française. Oh ! ce n’est pas un reproche (…)
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Réponse inédite de Camus
Cher monsieur, Paris, 12 juin 1951
J’ai lu en effet avec plaisir, et émotion, votre livre. Je ne me souviens pas de cette entrevue de 1937. Mais j’ai encore gardé mes articles et les souvenirs de cette admirable Kabylie. J’aime votre peuple, fraternellement, et j’admire ses vertus, de vraie dignité (…)
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Lettre de Feraoun à Camus
Cher ami, Alger, 30 novembre 1957
N’attachez aucune importance, aucune signification au silence des écrivains musulmans(1). Quant à moi, j’ai cru devoir vous exprimer ma satisfaction simplement parce que je me place beaucoup plus près de vous que les autres. Lorsque Roblès, notre ami commun, me parle de vous, il me rapporte jusqu’à vos secrètes pensées que vous ne lui celez jamais et j’en suis arrivé à être au courant de vos opinions, de votre angoisse, de votre souffrance. Croyez-vous que vos confrères vous connaissent de la sorte même s’ils vous comprennent et vous apprécient mieux que je ne puis le faire ?(…)
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Lettre de Feraoun à Camus
Je suis, peut-être, moins surpris que vous-même du silence qui entoure votre dernier livre (1) et finira par l’étouffer. Auriez-vous, par hasard, le désir d’éteindre l’incendie en faisant la part du feu, prétendriez-vous vous interposer entre ceux qui se battent au lieu d’encourager les vôtres tout en cherchant à décourager les miens, avouez, monsieur, que si votre attitude étonne, l’accueil réservé à votre ouvrage, n’a, lui, rien de surprenant, car si depuis quatre ans on n’a cessé de réclamer, de solliciter, d’exiger votre opinion, il est clair que cette opinion, en fin de compte, devait être celle de tous, fermement installée dans les têtes, les cœurs – les ventres, ajouterai-je. Il est clair qu’on vous demandait de condamner les uns, d’approuver les autres, même de trouver quelques bonnes raisons pour cela. Quelques bonnes raisons qui auraient échappé, jusqu’ici, parce que vous êtes un grand esprit, que c’est une grande chose pour la France d’avoir des hommes tels que vous et une veine pour les politiciens de s’appuyer sur vos arguments. On ne vous demandait rien d’autre. Qu’avez-vous fait, monsieur ?(…)
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JOURNAL de Mouloud Feraoun
Roblès a évoqué devant moi tous ces attentats ; il les trouve odieux, inadmissibles et estiment que leurs auteurs n’ont droit à aucune pitié. Il revient de Paris où il a vu longuement Camus. Camus se refuse à admettre que l’Algérie soit indépendante et qu’il soit obligé d’y rentrer chaque fois avec un passeport d’étranger, lui qui est Algérien et rien d’autre. Il croit que le FLN est fasciste et que l’avenir de son pays entre les mains du FLN est proprement impensable. Je comprends fort bien l’un et l’autre mais je voudrais qu’ils me comprennent aussi. Qu’ils nous comprennent, nous qui sommes si près d’eux et à la fois si différents, qu’ils se mettent à notre place. Ceux qui m’ont parlé en langage clair la semaine dernière m’ont dit que je n’étais pas Français (…)
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Réactions de Mouloud Feraoun à la mort de Camus Le dernier message
Je me suis pris à espérer dans un avenir plus vrai, je veux dire un avenir où nous ne serons séparés ni par l’injustice ni par la justice ». C’est là le dernier message que je tiens de Camus. Il date de plusieurs mois et, dimanche soir, cette phrase s’inscrivait pour moi dans un ciel sombre, chargé d’orage, qu’elle striait comme un éclair rapide, un trait éblouissant à la fois fragile et dense qui venait souligner avec une vigoureuse exactitude l’appel au calme lancé, toutes les dix minutes, par le délégué général du gouvernement général en Algérie : « C’est avec une grande émotion que je reprends la parole ce soir. Malgré les appels publics et les adjurations privés que nous avons multipliés, le commandant en chef et moi, et avec tous les chefs militaires, ce que nous avons tout fait pour éviter est arrivée : le sang a coulé… » (…)
Correspondance de Feraoun à Roblès Taourirt, le 2 mars 1952
Mes piles ont été assez fortes pour me permettre d’entendre ta pièce (1) d’une façon à peu près satisfaisante. Mon frère qui exerce à côté de moi – 2 km – est venu passer la nuit ici et a pu l’écouter aussi. J’ai eu énormément de plaisir à le voir accroché, enthousiasmé. Il s’y connaît un peu car, pendant la guerre, il a dirigé en Italie et en France une troupe de théâtre arabe après la descente de Cassino…
Pour ma part, j’ai en La Vérité est morte une confiance absolue. Si je te l’écris, c’est pour te prier de ne pas douter un seul moment de sa valeur. Sur le plan humain, c’est absolument inattaquable. Pour le reste je ne suis pas capable d’apprécier, du moment que je n’ai jamais vu jouer une quelconque pièce de théâtre (…)
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Une Réponse pour cet article
bonjour, je pense que ma fille vous a déjà contacté, elle est étudiante en littérature et langue française à bouzaréah, en année de préparation de licence et son thème d’étude est le suivant: correspondances entre feraoune et camus, ces correspondances ont parues dans votre numéro du mois de mars , mais nous ne les retrouvons pas ni sur le marché ni sur internet , ma fille commence à accuser du retard quand à l’avancement de son mémoire et nous vous serions très reconnaissant de l’aide que vous pourriez nous apporter, bien entendu, nous sommes prêt à l’acheter.
cordialement: madame zerrouki