Merci, Madame la Directrice du Palais de la Culture, de nous recevoir dans ce bel endroit et de permettre à ces Journées de philosophie d’Alger de voir le jour. Merci, cher public, de votre présence. Merci à vous, professeurs, chercheurs et journalistes, qui avez accepté notre invitation et merci à vous, chers partenaires, qui soutenez ces journées. Lorsque j’ai pensé créer ces Journées de philosophie d’Alger, j’avais un objectif : donner à la philosophie une place au sein de la société algérienne. Je voulais qu’elle soit proche des préoccupations des individus et qu’elle intervienne dans leurs questionnements. L’être humain vit dans un environnement qui l’interpelle sur la paix, la guerre, le langage, l’avenir de l’humanité, la religion, le pouvoir de l’argent, la morale et sur bien d’autres sujets encore. Les Algériens ne font pas exception à cette règle (rappelons-nous que l’une des dernières questions qui nous a été récemment proposée était celle de la langue) et nous vivons une époque où l’on ne peut se passer des analyses que nous offre la philosophie. Toutefois pour créer ce lien entre la philosophie et l’individu, fallait-il remplir deux conditions : permettre à la philosophie de sortir de l’Université où elle est, bien souvent, confinée. Donner à ces journées une dimension concrète, proche de notre réalité quotidienne : dans ce cas, le thème d’autrui s’imposait de lui-même. D’aucuns pourront objecter que la philosophie est pure contemplation et qu’on ne peut exiger d’elle d’être concrète. D’autres contesteront que le rôle de la philosophie soit la création de concepts qui n’existent pas forcément dans la réalité. Je dirais que, certes, la philosophie peut être et a le droit d’être pure contemplation, et que la philosophie crée et a le droit de créer des concepts. Cependant, elle ne peut se résumer à cela, sinon elle signerait son exclusion de la société. Elle deviendrait le domaine réservé de quelques-uns et s’éloignerait alors de son objectif. Quel est donc l’objectif de la philosophie ? Son objectif consiste, selon moi, à rendre l’humain moins brut, plus sage et de fait plus heureux, même si elle n’y réussit pas toujours, et elle ne peut le rendre plus heureux que si elle pense la vie. En ce sens, la philosophie doit être au contact du monde réel, du monde vivant. Voilà en ce qui concerne l’aspect pragmatique de la philosophie. Mais qu’apporte la philosophie à la pensée? Et bien, tout d’abord, elle lui apprend à se questionner et à ne jamais aborder une idée sous un seul aspect. Même si celle-ci lui paraît juste, elle doit la tourner et la retourner en tous sens. C’est l’expression d’un esprit critique nécessaire à tout éveil de la pensée et à toute créativité. Ensuite, elle lui apprend l’art d’argumenter : en philosophie, une idée qui n’est pas argumentée n’a aucune valeur.Cependant, plaider la cause de la philosophie ne signifie pas que la philosophie doive ou puisse faire cavalier seul. L’être humain a tout autant besoin de la science, de la technique, de l’art etc. Si la pensée ne peut se construire sans la philosophie, elle ne peut se construire uniquement avec elle. C’est pour cette raison, que dans sa recherche de la vérité, celleci demeure attentive aux discours de la science et de l’art et observe l’évolution de la technologie. Elle en a besoin pour obtenir davantage de clarté sur certaines questions et, surtout, pour se renouveler. La science dans son processus évolutif propose de nouveaux questionnements à la philosophie. Les domaines de l’ethnoscience et des biotechnologies en sont des meilleurs exemples. Voilà pourquoi, aujourd’hui, nous avons avec nous des chercheurs d’autres disciplines qui enrichiront les débats et élargiront le thème de cette première édition des Journées de philosophie d’Alger : autrui. Pourquoi autrui ? Pourquoi avoir choisi ce thème? Tout simplement parce qu’il nous interpelle aujourd’hui plus que jamais dans un monde qui va mal et une société qui se cherche. Jamais, dans toute l’histoire de l’humanité, nous n’avons pu penser la société, la politique, l’économie ou encore la morale sans penser autrui. Bien qu’il ait fallu attendre l’époque contemporaine pour que ce thème soit reconnu comme un sujet à part entière grâce à Sartre, Levinas, Husserl, etc., autrui a toujours été présent dans toute l’histoire de la philosophie ; il est impossible de penser notre réalité, notre société sans penser autrui. Nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards d’individus sur terre. Si nous voulons penser l’avenir de l’humanité, nous devons penser autrui et repenser la relation que nous entretenons avec. Nous avons besoin de comprendre pourquoi il est souvent difficile d’avoir une relation paisible et de bonne entente avec cet autre alors que nous avons tant besoin de lui. Une bonne compréhension de cette relation peut nous permettre de peut-être rendre notre vie plus harmonieuse. Mon souhait est qu’autrui soit un thème qui nous interpelle tous, à l’école, dans la rue, à la maison; qu’il soit le sujet de préoccupation de toute une société.
Merci et bons débats Prononcé par Razika Adnani Présidente fondatrice des Journées internationales de philosophie d’Alger
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