L’ivrEscQ : La rencontre de la 7ème édition euro-maghrébine coïncide avec la 20ème édition du Salon International du Livre d’Alger et son afflux. Quel sentiment avez-vous pour votre participation à Alger particulièrement sous le thème du polar ? Et est-ce que vous avez déjà visité l’Algérie ?
Caryl Ferey : Non, je ne suis jamais venu en Algérie mais j’ai eu la chance de rencontrer les organisateurs du SILA au salon du livre à Paris, nous avons dîné ensemble et après quelques verres il était clair que nous étions de la même famille. Je viens pour rencontrer des gens, en l’occurrence Algérois, pas pour parler de moi en particulier.
L. : Par le passé, l’univers du polar était conçu avec les principales composantes crimes, Ferey Caryl « Je suis toujours surpris de voir une petite mémé fan de mes livres – assez violent. J’écris des romans, s’ils sont noirs c’est que le sujet est lourd, comme les dictatures ou l’apartheid… » argent, domination, enquêtes…, pensez-vous que le polar s’est définitivement emparé de la politique et laisse place à la littérature politique qui émerge et cartonne ici comme ailleurs ?
C. F. : Pour moi, l’aspect politique du polar est le premier intérêt du genre. Les romans à clés, énigmes, etc. ne m’intéressent pas. Après, ce sont les personnages qui comptent ; s’ils sont réussis, le livre est réussi. Si non, c’est raté. La documentation et l’Histoire ne suffisent pas.
L. : Plus on fouille dans la genèse du polar et plus on découvre un monde qu’on a presque oublié où les éléments du polar demeurent là. Autrement dit, pourquoi n’écrit-on plus de polars, notamment au Maghreb, surtout quand on sait que les ferments du polar : violence, crime, rejets de tout bord, frustrations, troubles psychologiques… sont abordés dans la presse au quotidien ?
C. F. : Je ne peux pas répondre pour vous mais il doit y avoir une autocensure forte, voire une censure tacite. Je pense « malheureusement » que l’Algérie est une terre de romans noirs – la France aussi me direz-vous, mais les thèmes sociétaux en Algérie sont plus marqués – comme le rapport aux femmes, au sexe, à la famille…
L. : Êtes-vous fan du polar ? Quels sont les polars ou les auteurs de la littérature policière qui vous ont le plus marqués ?
C. F. : Je lis de tout mais celui qui m’a fait comprendre le plus de choses est James Ellroy.
L. : Pourquoi a-t-on coloré le polar en noir, quand on pense aux collections ou aux titres : Série noire, Fleuve noir, Carré noir, Jasmin noir, Dahlia noir, s’ajoute à cela la décennie noire qu’a connue l’Algérie… pourquoi le noir selon vous ?
C. F. : C’est plus chic, non ? Plus sérieusement, la Série Noire s’est démarquée de la «blanche» chez Gallimard ; comme ils étaient les premiers, les autres ont dû suivre le mouvement…
L. : Qui sont les lecteurs de polars selon vous ? Est-ce que vos écrits s’apparentent du polar?
C. F. : Toutes les classes sociales lisent du polar, il me semble. On est en osmose avec le réel, je pense que tout le monde s’y retrouve, à tous les âges. Je suis toujours surpris de voir une petite mémé fan de mes livres – assez violent. J’écris des romans, s’ils sont noirs c’est que le sujet est lourd, comme les dictatures ou l’apartheid.
L. : Êtes-vous quelqu’un d’indigné ou au contraire vous prenez du recul dans vos courroux ? La peur et la colère, vous inspirent-elles vos écrits ?
C. F. : Méchamment.
L. : Quel est votre livre de chevet ? Un livre à succès, mais un ratage pour vous?
C. F. : Je n’ai pas un livre de chevet mais la poésie de René Char me touche beaucoup. Quant aux livres à succès, un paragraphe des dix derniers best-sellers mondiaux se suffit à lui-même. Mais bon, c’est pareil avec la musique. Il faut être un peu exigeant avec soi-même.
L. : Un mot ou un avis sur la citation de George Orwell « Ce qui constitue l’essence d’être un être humain, c’est de ne pas rechercher la perfection ».
C. F. : J’adore Orwell. J’ajouterai la citation de Jacques Brel, «La liberté, c’est le droit de se tromper». Quand je vois mon labeur (4 ans) pour écrire un roman potable, je ne peux qu’adhérer.
L. : L’écrivain ressuscite les naufrages dont on feint d’ignorer l’utilité et explore les tréfonds de la conscience humaine… quels sont vos projets d’écriture ?
C. F. : Oh lala, j’en ai mille. Là je suis en train de finir mon prochain Série Noire qui se déroule au Chili, puis une pièce de théâtre sur les assassinats de Charlie Hebdo, un roman de récits de voyages plutôt marrant, un scénario de BD avec un dessinateur argentin, mon prochain Série Noire que j’ai commencé il y a des années qui se déroulera en France autour des «réfugiés», un projet de scène qui m’excite beaucoup pour la sortie du prochain Série Noire, un voyage en Colombie en repérage du roman suivant…
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