Les Journées philosophiques d’Alger sont une initiative louable dans cette période tourmentée, en particulier dans la région des pays arabes où règnent peur, chaos et perte de sens : des groupes issus de la même communauté nationale ou religieuse s’entretuent férocement. C’est pourquoi la nécessité de questionner et de penser notre monde est une urgence.«Autrui» est le thème choisi pour ces premières Journées de la philosophie. En français on dispose de deux termes pour désigner celui qui n’est pas soi : – l’ «autre» (alter) qui suppose une différence ou une distance sociale découlant d’appartenances (territoriales, généalogiques, culturelles, etc.) distinctes. L’étranger, en somme ;
– «autrui» (le prochain) qui suppose une communauté ou une proximité sociale, en raison de la participation partagée à une même totalité (qui peut aller du groupe le plus élémentaire comme la famille au groupe le plus large comme l’humanité). Les implications de ces deux termes conduisent à des problématisations différenciées de la relation entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas. Les développements d’autrui compris comme altérité sont l’objet de différentes sciences sociales et leur souschamps comme celui de la psychologie sociale ou de la sociologie de groupe.
Mon intervention, Les femmes et le souci d’autrui, un modèle ? porte sur l’acception de la notion d’«autrui» qui renvoie à la proximité du sujet, Je, avec autrui dans la communauté humaine, celle de ses semblables. Il s’agit d’un mouvement qui va de soi vers autrui, d’un rapport de soi à l’autre. Je ne suis pas spécialiste de philosophie. Mon champ serait plutôt celui de la sociologie politique. Mes recherches actuelles portent sur les femmes, en particulier sur le thème de l’émergence et du développement des mouvements qui visent à la transformation de la situation des femmes en Algérie et au Maghreb ; c’est pourquoi j’ai choisi ce groupe social en rapport avec le thème des Journées. Un autre terme utilisé dans mon intitulé, celui de souci, ne signifie pas tourment mais attention à autrui. Je développerai dans une deuxième partie. Par ailleurs, je n’aurai pas la présomption de parler de l’aspect du souci des autres énoncés par les religions et en particulier les textes de l’Islam en présence de spécialistes dans cette rencontre. Cependant, nous savons que le Coran contient nombre de versets en relation avec notre sujet.Dans un premier temps nous examinerons la fragilité de l’être humain et sa dépendance. Ensuite, nous verrons comment le soin aux plus vulnérables fait partie du souci et de l’attention préoccupée d’autrui. Cette fonction est assurée, pour l’essentiel, par les femmes en Algérie et dans un grand nombre de pays. La troisième partie de mon exposé posera la question de l’intérêt heuristique de ce modèle relationnel. Autrement dit, la sollicitude aux plus fragiles, aux personnes dépendantes, aux plus démunis, à l’environnement, pourrait inspirer le type de relation qu’il convient d’avoir avec un être, un élément naturel dans notre monde. À quelles conditions peut-on le penser comme modèle ?
Suite de l’article dans la version papier
abonnez-vous à L’ivrEscQ
Il n'ya pas de réponses pour le moment.
Laissez un commentaire