L’ivrEscQ: On constate dans vos textes une toile de fond peinte de dérision, de légèreté, de noirceur et de gravité en même temps. Quelle est la part de la fiction sur la réalité et vice-versa ?
Fouad Aissani: Le réel m’est toujours le bol où ma fiction foisonne, je pétris l’œuvre de fiction en suivant des étincelles du réel qui m’intéressent. Dans Les orphelins du Point B. par exemple, de surcroît mon propre vécu, ce sont deux fait divers qui m’ont inspiré et se sont retrouvés mêlés à la fiction : L’arrestation du général Hassan et la dissolution du Scorat en 2015, et l’enlèvement de Dalila Zeghar par son frère à la fin des années 1970. Le réel est déjà si grave qu’on peut le chatouiller avec de la dérision.
L. : Vous faites un zoom sur la jeunesse. Est-ce une désillusion des jeunes ? Ou au contraire leur façon de contrer le spleen et s’imposer ?
F. A.: C’est les deux à la fois, ce sont pour la plupart des jeunes qui ont réussi, qui ont trouvé un sommet où déposer leur lourde soif d’espoir dans un pays qui manque terriblement d’industries, surtout pour l’art et la joie. Mais une fois arrivés à destination ils interrogent leur propre ascension, le sens de l’amour, de l’amitié, du travail et de la famille, ils ne peuvent s’empêcher d’entendre les rires de Sisyphe.
L’âge est un thème qui me fascine, on peut scruter à travers lui le désir, la réussite et l’intégration.
L. : Vous êtes à votre deuxième roman. Vous avez un intérêt particulier pour la poésie, dites-nous un peu plus sur les deux écritures ?
F. A.: Je suis poète avant de devenir romancier. La poésie c’est le verbe pur, la confession ultime, elle s’éclate et se perd comme l’écume d’un volcan. Le roman c’est la quête de l’égaré du réel, son long travail de réparation. La poésie ne me suffisait pas, j’éprouvais le besoin de narrer quand le vers ne supportait plus mes maux.
Questionnaire de Proust
Le bonheur parfait ?
L’accueil d’une patrie
L’espace que vous aimez le plus ?
La montagne
Le dernier éclat de rire ?
Au crépuscule avec des amis, en sortant d’une forêt.
La dernière fois que vous avez ravalé vos larmes ?
Il y a trois mois, devant un film.
Que détestez-vous le plus chez l’autre ?
L’illusion.
La faute que vous pardonnez le plus avec indulgence ?
La jalousie.
Le talent que vous auriez aimé avoir ?
Le chant.
Votre principal trait de caractère ?
L’introversion
L’écriture est un exutoire pour vous ?
Oui, pour voir et réparer un monde qui me heurte et m’est incompréhensible.
Votre livre de chevet ?
La Peste de Camus
Pour vous le voyage ?
Une revanche
Que représente la famille pour vous ?
Un douloureux miroir
L’année qui vous a marqué ?
2017, la transition vers la vie adulte.
Le vocable que vous aimez par-dessus tout ?
«Tout le malheur des hommes vient de l’espérance.»
Si vous aurez la chance de rencontrer dieu, qu’aimeriez-vous lui dire ?
J’ai fait de mon mieux.
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