Cette librairie faisait face aux éditions Charlot, fréquentées par Camus, Mammeri, Roblès.
Affable et courtois, Monsieur Boussâd Ouadi reçoit amis et clients avec la même élégance. Portant schanghaï et sourcil en bataille, prononcez le sésame magique « livre » et le voilà intarissable. Il officie, depuis l’été 2009, après la menace de la fermeture de la librairie des Beaux-Arts, à la librairie El Idjtihad ex-Dominique, Rue Charras. Un bref retour vers le début des années 50 : la librairie fait face aux éditions Charlot, fréquentées par Camus, Mammeri, Roblès. Le quartier est estudiantin par excellence, avec, à proximité, la fac Centrale, le Foyer, le Resto universitaire, le café Boul’Mich, la Brasserie, L’Otomatik, le Coq Hardi, en un mot, le centre intellectuel d’Alger, le Quartier Latin en quelque sorte. La librairie était tenue par une dame dont le mari était représentant des éditions Hachette en Algérie. En 1963, la librairie est vendue à l’équipe d’Alger Républicain constituée d’un noyau de syndicalistes, de journalistes, d’écrivains dont Alleg, Benzine, Boukhalfa, Hadjerès, Kaîdi, entre autres. Le 1er gérant de la librairie Guy Fève, fut arrêté lors du coup d’Etat de 1965. Bien qu’Alger Républicain soit interdit et la presse bâillonnée, la librairie active et devient le centre de réunion de toutes les sensibilités communistes, de gauche et d’extrême-gauche de l’intelligentsia algérienne.
Aujourd’hui, c’est la même société qui dirige la librairie. H. Alleg membre fondateur et actionnaire demeure le symbole vivant de cette institution. B. Ouadi aspire à faire renaître les lieux ; en faire un espace de rencontres, d’échanges et de diffusion du livre ; activer dans l’engagement civique et citoyen vers des objectifs alter-mondialistes, lutter pour l’accession à l’importation du livre car, déclare Mr Ouadi «les mesures actuelles pénalisent la culture !» et puis, pour l’anecdote, B. Ouadi montre du doigt le bureau, ou « furent planquées à la rentrée universitaire de 1962 des cartons contenant les travaux de Bourdieu sur les paysans de Skikda. Dans un climat insurrectionnel, on fit appel à René Gallissot pour déclarer solennellement l’ouverture de l’année universitaire à la Fac centrale, et c’est à la librairie Dominique que Bourdieu et Galissot se rencontrèrent et se concertèrent ». B. Ouadi souhaite, après avoir pris le relais, faire revivre les lieux et leur rendre leur lustre d’antan. Une gageure et un défi que l’actuel libraire n’a pas crainte de relever.
Sur l’étagère….
Le dérèglement du monde est le choix du libraire B. Ouadi.
Selon Amin Maalouf, Le dérèglement du monde est d’abord intellectuel. Les affrontements identitaires empêchent la coexistence et le débat serein. Dérèglement économique et financier entraînent la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles. L’humanité aurait-elle atteint son seuil d’incompétence morale ? Allons-nous vers la fin de l’histoire, la guerre des civilisations ?
Faisant suite à son essai : «Les identités meurtrières», (Paris, 1998), Amin Maalouf dans un style délié, nous confie comme on le ferait à un cercle d’amis proches, ses mûres réflexions nées d’expériences vécues ou fruits d’analyses pertinentes des évènements survenus ces dernières années et qui marquent une entrée fracassante dans un nouveau millénaire plein de dangers et de menaces mais tout autant de promesses pour une humanité en souffrance. Il nous offre à choisir entre ces deux visions du monde : «une humanité partagée en tribus planétaires qui se combattent, se haïssent, mais se nourrissent de la même bouillie culturelle indifférenciée. Une humanité consciente de son destin commun, réunie autour des mêmes valeurs essentielles mais continuant à développer les expressions culturelles les plus diverses, les plus foisonnantes, préservant toutes ses langues, ses traditions artistiques, ses techniques, sa sensibilité, sa mémoire, son savoir. » Serons-nous capables d’un sursaut salutaire pour prendre enfin conscience de cette alternative ?
Amin Maalouf est l’auteur à succès.
« Vous êtes un magicien M. Maalouf » : C. Hermary-vieille , Figaro Magazine
« Un merveilleux conteur », Alain Jacob, Le Monde.
Une Réponse pour cet article
bravo et bonne continuité a la librairie el idjtihad
moi même je suis aide gérant dans une librairie a Batna qui active depuis 1962 « la librairie guerfi » et j’aimerais bien vous demander conseil quant a la bonne gestion d’une librairie
merci et bon courage
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