Il y a deux siècles, Goethe avait lancé le concept de « littérature mondiale » qui n’a (malheureusement) pas eu l’impact souhaité par son auteur. Aujourd’hui, nous sommes en train de le vivre, ce concept. Nous assistons à un changement de cap, une réappropriation de l’espace par la littérature, qui s’ouvre sur un monde de plus en plus accessible, afin d’être lue dans autant de langues que de territoires conquis. Le futur, c’est dans le présent qu’il se construit. Les interconnexions entre les peuples répartis dans tous les endroits de la planète, grâce aux technologies numériques, préparent une métamorphose exceptionnelle de la littérature qui sera irrémédiablement ouverte sur le monde. Elle sera lue dans toutes les langues, et s’implantera au cœur des langues. Probablement, cette supranationalité de la littérature ne classerait plus les œuvres en fonction de leurs origines géographiques, cultuelles ou politiques, mais par leurs qualités et leur originalité littéraires. Universelle, la littérature appartiendrait à tous. Elle serait appréciée ou critiquée dans un contexte plus large. Dans ce paysage nouveau, l’écriture devra faire face aux questions des niveaux de langage, et plus particulièrement, des niveaux populaires,
familiers ou inventés, pour la circonstance, etc. La langue, ainsi enrichie et libérée, n’aura pour seules contraintes que celles de l’esprit, ouvrant de la sorte tous les champs de l’imaginaire pluriel. La langue s’embellit avec le temps, et surtout grâce aux espaces qui s’offrent à elles. Et plus il y a d’espaces, plus elle est confrontée à de nouvelles interprétations, interpellations et interrogations qu’elle déliera et s’en ravitaillera. Le monde avance et la littérature ne sera pas laissée sur le quai d’une gare, elle prend, elle aussi, le train de l’avenir. Cela est inéluctable. C’est une réalité avec laquelle il va falloir conjuguer. Nous avons un exemple récent de cette prise de conscience sur l’affranchissement de la langue. Des hommes et des femmes de lettres se sont penchés sur le sujet, pour réfléchir au projet de la « littératuremonde en français » (le 1er trimestre de cette année, réf : Le Monde des livres du 15 mars 2015). Posant ainsi la problématique du clivage « littérature française versus littérature francophone ». La notion de la francophonie, qui catalogue la littérature en deux classes distinctes, française et francophone, avait pour objectif de réunir les anciennes colonies autour de la langue française, a pour but, maintenant, de diviser. Dans la mesure où le « francophone » n’est pas une langue, mais une certaine vue de l’esprit colonial. Et, à ma connaissance, personne ne parle ni n’écrit le « francophone ».
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