L’ivrEscQ : La rencontre de la 7ème édition euro-maghrébine coïncide avec la 20ème édition du Salon International du Livre d’Alger et son afflux. Quel sentiment avez-vous pour votre participation particulièrement sous le thème du polar ? Hakim Laalam : Pour le Salon de manière générale, j’appréhende ce que je qualifie personnellement de «filtre livresque». Il fonctionne pour les ouvrages prônant la violence ou appelant au djihad armé, au terrorisme. C’est tant mieux. Mais, il fonctionne aussi pour les livres nonconformes à la pensée «unique» du moment, les ouvrages qui ne prêtent pas allégeance. Mais bon, il existe dans notre besace à tous une arme redoutable, celle du boycott. J’y ai déjà eu recours. Et elle est encore opérationnelle… Reste le thème particulier de ces journées. Le Polar ! A lui seul, il a réussi à me faire sortir de ma tanière, ce qui n’est pas une mince affaire !
L. : Pourquoi le roman policier se perd au fil du temps malgré la presque garantie des ventes qu’il peut drainer et laisse place à la littérature politique qui émerge et cartonne ici comme ailleurs ?
H. L. : Chez nous, parce que –peut être– il est le fruit d’une naissance douteuse, d’une fausse couche. Les premiers polars algériens sont le résultat d’une commande passée à un écrivain étranger, comme je le démontre dans ma thèse universitaire intitulée «Traitement de la notion de suspense dans le roman policier algérien ou la naissance du polar en Algérie». Les premiers vagissements policiers en littérature n’en ont pas été vraiment. On les a simulés, forcés, procrées en éprouvette. Et l’expérience n’a pas pris ! Quand au «reste du monde», le polar y prospère toujours encore et encore. Chaque année, des millions de romans policiers sont édités et dévorés !
L. : Pourquoi n’écrit-on quasiment plus de polars, notamment chez nous, surtout quand on sait que les ferments du polar : violence, crime, rejets de tout bord, frustrations, troubles psychologiques… sont abordés dans la presse algérienne au quotidien ? H. L. : Je réponds à votre question par une autre question : pourquoi est-il titanesque aujourd’hui d’entrer en contact avec un éditeur afin de lui soumettre un manuscrit ? Pensezvous que je pourrais, si le nom de Hakim Laalam n’agissait pas quelque part comme une sorte de sésame aller toquer aux portes des éditeurs et leur mettre sous le nez un livre en éventuel devenir ?
L. : Un mot ou un avis sur cette citation sur l’auteur du Dahlia noir : «Chez Ellroy il y a à la fois
«Mon écriture, elle est nerveuse. Serrée. Urgente. C’est peut être ce qui peut l’apparenter aux yeux de certains à du polar»une violence extrême et fascinante. Mais en même temps, Ellroy arrive tout le temps à avoir une espèce de recul, qui fait qu’il y a un jugement moral sur la violence»… H.L. : Très sincèrement, je pense que le processus de digestion de la violence algérienne prendra plus de temps. Il serait faux de croire qu’il a tardé. La violence algérienne, dans sa décennie rouge, noire, verte ou bleue, donnez-lui la couleur que vous voudrez est encore contemporaine de notre capacité d’absorption. Nous la consommons en ce moment. Il lui faudra du temps pour transiter vers les pages à noircir !
L. : Êtes-vous ou étiez-vous fan du polar ? Quels sont les polars ou les auteurs de la littérature policière qui vous ont marqués ? H. L. : Oui ! Lecteur-quidam ! Pas spécialiste. Devenu plus attentif, par la suite, parce que tenu par un travail universitaire à confectionner. Mon auteur ? Allan Edgar Poe malgré tout ce que l’on pourrait me dire sur les frontières entre le policier et le fantastique. Poe me fait haleter aujourd’hui encore. Il me donne des sueurs froides. M’essore. Me tord les boyaux. Grand maso que je suis, c’est ce que j’attends d’un nanard !
L. : Qui sont les lecteurs de polars selon vous ? Parlez-nous de vos écrits qui peuvent éventuellement s’apparenter du polar ? H. L. : Tout le monde lit le polar. Tout le monde ne le lit pas de la même manière, pour une simple et bonne raison que les dermes et nos molécules émotives ne sont pas agencés et connectés de la même manière. Mais tout le monde a lu au moins une fois et demi un polar. Le dernier demi se déroulant demain, dans une chambre close avec un cadavre dedans à disséquer, page après page. Mon écriture, elle est nerveuse. Serrée. Urgente. C’est peut être ce qui peut l’apparenter aux yeux de certains à du polar. Mais, je n’ai pas la prétention de
m’en réclamer. Le policier est un art majeur, et moi, je chronique en mode mineur !
L. : Êtes-vous quelqu’un d’indigné ou au contraire vous prenez du recul dans vos courroux ? La peur et la colère, vous inspirent-elles au premier degré ou dans votre cas, l’humour est façonneur de chroniques et de romans ? H. L. : On peut être courroucé et le dire sur le champ, l’exprimer aussitôt avec humour, car on n’a pas d’autre forme de colère sous la main, sous la plume, sous le clavier que celle portée par l’humour, voire le cynisme. Mon indignation est immédiate. Quotidienne. C’est peut être ce qui pourrait expliquer l’extraordinaire longévité de ma chronique. Je l’anime depuis 1997, tous les jours, sauf le vendredi, les moments de rhume ou de maladie plus contraignante ou les périodes légales de congé. Faites le compte. Je ne connais pas, dans notre paysage éditoriale, ici en Algérie, une chronique qui va bientôt sur ses 20 ans sans interruption.
L. : Quel est votre livre de chevet ? Un livre à succès, mais un ratage pour vous ? H. L. : En ce moment, je relis Le Petit Prince. Pour me guérir du film. Certes, il est plastiquement réussi, mais la bobine ne m’a pas rendu l’extraordinaire sensation éprouvée grâce à l’encre de Saint-Exupéry
L. : En quelques mots vos projets d’écriture ? H. L. : Je viens de terminer, en collaboration avec un jeune et extrêmement talentueux dessinateur un album de dessins croquant l’actu. Il devrait paraître après le salon, comme une nique aux convenances et aux rendez-vous éditoriaux attendus et formatés. Et je vais bientôt terminer un recueil de nouvelles. Mais bon, il faut dire que pour le grand fainéant que je suis, l’exercice quotidien de la chronique m’épuise et m’empêche de «produire» plus. Quelle horrible terme que celui-là, produire. Vous allez le garder ? Suspense !
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