
Le moins qu’on puisse dire est que
Virgules en trombe est un livre impressionnant. A tel point que peu de critiques, semble-t-il, s’y sont frottés, conscients de l’insuffisance du discours rationnel appliqué à une écriture
ardente (p.59), délirante peut-être voire hallucinée. Et pourtant si l’on admet qu’à chacun son métier, il suffit d’adapter tant bien que mal celui de critique, avec la claire conscience qu’il donnera lieu tout au plus à un petit bout de discours dans les marges, pour ne pas rester dans la stupéfaction muette et l’admiration abasourdie. Et aussi pour rendre hommage à l’auteure Sarah Haidar, qui ne cherche jamais à bluffer, soucieuse malgré les apparences de donner autant de clefs qu’il est possible en matière de littérature, évidemment pas au sens où clefs voudrait dire le nom des personnages réels dont s’inspireraient ceux du roman. Ce qui ne vaudrait d’ailleurs que pour un seul de ces personnages, la
vieille scribouillarde alcoolique (p.13), projection peut-être mais pour le moins humoristique de la jeune romancière de vingt-six ans, ce qui n’autorise pas à parler d’autofiction! Et tous les autres personnages sont donnés explicitement comme des créatures de fiction, issues de l’imaginaire de la
scribouillarde, qui s’envole très au-dessus de la réalité quand elle écrit. Cette volonté d’échapper aux limites du vraisemblable sinon du réel (qui ne veut pas dire grand chose en littérature) fait d’ailleurs l’objet d’une véritable déclaration de principe de l’auteure dès le début du livre, où elle déclare que ses écritures donnent à lire
l’exagération suprême du drame, les dernières limites de la folie…(p.28). Ce qu’elle appelle de belle manière vouloir
dépayser Dieu, pour qu’il ne se reconnaisse plus lui-même dans sa création. C’est évidemment l’envers d’un projet réaliste. Ce dont on a aussi la preuve dans le constat évident que son entreprise ne se cherche pas du côté de Balzac ou de Naguib Mahfouz. Il est vrai qu’elle ne parle jamais de modèle, au sens où il s’agirait pour elle, même lointainement, d’une imitation ; mais elle n’hésite pas pour autant à écrire les mots qui désignent clairement d’où lui vient son inspiration. (…)
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