Au sommet de la gloire, l’actrice américaine, Marilyn Monroe, considérée comme la femme la plus célèbre au monde, avait été retrouvée inerte, allongée, nue, le visage tourné vers le drap, tenant le téléphone de la main droite. « C’était sa voix qu’avait entendu l’officier de police Jack Clemmons, de veille au commissariat de West Los Angeles la nuit du 4 au 5 août 1962, lorsqu’un appel venant du quartier de Brentwood avait retenti à quatre heures vint-cinq du matin. « Marilyn Monroe est morte d’une surdose », avait déclaré une voix d’homme éteinte. Et lorsque le policier abasourdi avait demandé : « Quoi ? », la même voix, forcée et presque emphatique, avait répété : Marilyn Monroe est morte. Elle s’est tuée. »
La voix annonçant la tragique disparition de l’icône hollywoodienne était celle de son dernier thérapeute, le psychanalyste Ralph Greeson. Il a été la dernière personne à l’avoir vue vivante et la première à l’avoir trouvée morte. Pour ce, il a été soupçonné d’avoir commis le crime, ou encore d’y avoir contribué.
Basé sur des personnages et faits réels, reproduisant les propos échangés avec une extrême exactitude, mêlant réalité et fiction, l’auteur français, Michel Shneider, fait de son ouvrage, Marilyn dernières séances, un roman qui lui a valu le prix interallié 2006. Sans avoir la prétention (l’ambition) de mettre à nu l’identité de celui qui a tué Marilyn Monroe, il essaye d’expliquer les évènements ambigus de la nuit où l’actrice a été retrouvée morte et à comprendre le pourquoi de sa mort. « Je ne me demande pas qui ? Je me demande : qu’est-ce qui a tué Marilyn ? Le cinéma, la maladie mentale, la psychanalyse, l’argent, la politique ».
Si le roman est une sorte de méditation sur l’envers d’Hollywood, s’il dresse le portrait de Maryline Monroe -dépeinte cultivée et intelligente, mais angoissée, délirante, anxieuse, dépressive, ruinée par la drogue, les relations sexuelles et le monde cinématographique-, il soulève avant tout une réflexion, et non des moindres, sur les excès et les limites de la psychanalyse.
Marilyn Monroe souffrait du conflit entre l’image et les mots. Face à une caméra, elle bégayait, bafouillait et ne parvenait pas à donner l’image qui corresponde aux mots qu’on lui faisait dire.
Pour surmonter sa détresse, ses troubles et ses angoisses qui la paralysaient sur les plateaux, l’actrice hollywoodienne a eu recours à une thérapie psychanalytique.
Après Margaret Hohenberg, Marianne Kris, et la propre fille de Freud, Anna, elle s’était rendue, en janvier 1960, au cabinet du Dr Ralph Greeson : « Elle si belle ; moi plutôt ingrat. La blonde vaporeuse et le docteur des noirceurs, quel couple… »
Pendant trente mois, s’est nouée entre eux une relation des plus complexes, ambiguës et troubles. Une sorte de relation amoureuse sans rapports charnels, mais bien plus dévorante.
« La passion est un amour à mort. Greeson et Marilyn étaient attachés par l’amour et la mort, mais ils n’avaient pas fait l’amour. Il leur restait à faire la mort. Ensemble ou chacun pour soi ». Elle est devenue accro à Greeson, comme à sa drogue, aux somnifères et au sexe.
Elle se rendait fréquemment, puis abusivement, à son cabinet médical, à raison de deux à trois séances par jour, sept jours sur sept, essentiellement à la période précédant sa mort.
Quant à Greeson, il avait développé une sorte de dépendance aux « névroses » de Marilyn. Il en est devenu obsédé. Elle semblait l’intéresser au point qu’il l’accueillait dans sa famille, bafouant ainsi toutes les règles de l’école freudienne. Il s’immisçait dans sa vie professionnelle, gérait sa carrière, exigeait des changements dans les scénarios. « Greeson tentait de concilier les intérêts de son héritage intellectuel avec ceux de sa patiente dont il était devenu l’agent et gérait les enjeux de sa carrière et les contrats financiers ».
Au fil du temps, elle était arrivé à lui transmettre sa fascination pour les films et les images, et lui, le pouvoir des mots : « Ils avaient échangé leurs idéaux et chacun avait pris le symptôme de l’autre. L’analyste s’était pris dans une fascination croissante pour les films et pour sa propre image. Il évitait les patients et les colloques et passait son temps dans les couloirs de la 20th Century Fox. Marilyn parlait plus, et quand elle avait un interlocuteur à qui se fier, elle trouvait ses mots. Les images lui faisaient peur ».
Ce qui s’est joué entre les deux protagonistes ne pouvait avoir, pour Marilyn, qu’une fin passionnelle « confondant la fin de l’amour à l’idée de la mort ». « Je l’ai aimée pour ses failles, pour ses peurs», n’a cessé de dire Greeson. Certainement, mais d’un amour tuant ! Ce qui est certain, c’est que la mort de Marilyn Monroe restera à tout jamais un mystère !
Suite de l’entretien dans la version papier
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