L’ivrEscQ : Vous dites l’écriture est un échange, une communication, un aller-retour entre l’autre et moi-même. Quel est le thème principal dans vos écrits, un paradigme récurrent ?
Rim Laredj : Le thème principal dans mes écrits est l’autre, l’autre dans toute sa complexité, dans toute la distance qui sépare cet autre de moi, et cette distance là est pour moi le trait d’union le NOUS. Un No Man’s Land ou mes personnages qui sont souvent deux, s’unissent ou se désunissent, mais cet espace est le No Man’s Land où tout peut arriver. Que ce soit dans mes films ou dans mes livres cette figure du double est très souvent récurrente, ça découle peut-être d’une grande passion que j’ai eue pour les écrits de Maupassant durant mon adolescence.
L. : Vous dites, vos parents Waciny Laredj et Zineb Laouedj, grands noms dans la littérature algérienne, vous ont influencée, voire boostée à l’écriture.Pensez-vous que le regard ou l’écrit de « la fille » auteure que vous êtes est différent de celui d’une génération ancienne… Autrement dit, que différencie votrevision de la leur ?
R. L. : Mes parents sont une influence totalement positive dans ma vie, en ce qu’ils ont compris très tôt
l’importance de l’art et du dialogue avec l’enfant. Ils ont compris très tôt que l’art pouvait aider un enfant à bien grandir à soigner ses blessures à voir le monde par un autre prisme que celui de la réalité direct, qui peut être très brutale. Dans mon cas le déclencheur à été durant la décennie noire, mes parents m’ont pris la main et emmener dans une librairie pour m’acheter un carnet « spécial » et des stylos pour que je puisse raconter, écrire ce que je n’arrivais pas à dire. Ce carnet-là a donné naissance dix ans plus tard au Seigneur des cendres mon premier ouvrage. Mon écriture est très différente de la leur. Je suis éprise par le dessin, étant également plasticienne, mon écriture est assez économe et accompagnée de dessin. Les thématiques que j’aborde sont assez violentes, mes de planches aussi. Mon père n’aime trop cet aspect-là (rires). J’aime parler des fantômes, des traumatismes, de l’enfance blessée. Non pas que les choses plus légères ne me plaisent pas, mais il me semble que je suis avec mon écriture encore dans un espace de thérapie. J’évoque le passé, je réinvente l’histoire, je bouge les temporalités, dans mon dernier livre Le dernier rivage sorti chez Dalimen il est question d’amour, d’Algérie, de l’autre coté du miroir, de perception de l’autre, où situer le moi, qui sont les autres qu’on ne voit pas ? La décennie noire? L’exil, la barbarie ? Le temps…
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