L’ivrEscQ : Vous avez un rapport particulier au mot, à la langue, à la langue française en particulier, à l’ère où on ne maîtrise presque plus la langue écrite ni orale. Est-ce à partir de cela que vous écrivez des romans ?
Pierre-Yves Roubert : Ce rapport au mot et à la langue que vous évoquez vient de mon travail d’écrivain public, de formateur et de biographe. À 50 ans (j’en ai 51), j’avais écrit (un peu plus de) 50 livres, une trentaine pour le compte de clients, une vingtaine sous mon nom (ou un pseudonyme, Pier Bert). L’écriture autobiographique est différente de celle des romans, de même que celle des polars est différente de celles de romans qu’on pourrait qualifier de psychologiques ou sociologiques. Je sépare cesdifférentes écritures, et si j’ai un petit talent, c’est peut-être celui-là : écrire de mille manières.
L’ivrEscQ :Dans vos ouvrages, vous inspirez-vous des écrits administratifs et des rencontres dans vos fonctions ?
PY.R. : Des écrits administratifs, non (ce serait ennuyeux !) ; des rencontres, sans doute (en respectant la confidentialité des personnes à qui je prête ma plume ou mon oreille), car on n’écrit pas sans se nourrir des individus qui nous marquent, pour une raison ou une autre. C’est connu, l’écrivain fait son miel de tout.
L’ivrEscQ :Est-ce que les thèmes de l’actualité, parfois même brûlante, vous inspirent ?
PY.R. :J’ai légèrement évolué sur ce point : je suis passé de «pas du tout» à «assez peu» ! Je m’explique. Un écrivain n’est pas un journaliste. Ces outils principaux, en dehors des mots, sont la mémoire et l’imagination. Pour actionner la première, il faut du temps; pour que la seconde puisse s’exprimer, le détachement est nécessaire. Coller à l’actualité me paraît donc une mauvaise idée ; cela donne généralement des romans exécrables. Néanmoins – c’est l’évolution que j’évoquais –, l’urgence me paraît telle face à la désintégration ou au risque de désintégration des sociétés, que j’essaye aussi, à mon petit niveau, de transmettre quelques messages ou de donner des textes qui peuvent éclairer et aider à vivre. Mais il faut être modeste, et prudent : si l’on est mauvais, l’effet obtenu sera l’inverse de celui qui est recherché.
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