L’ivrEscQ : Vous avez participé à la 8ème édition des rencontres euro-maghrébines des écrivains sous le thème « Nos premiers romans ». Qu’avez-vous retenu de ce partage littéraire ? Pensez-vous que cesrencontres réconcilient les consciences ou restent une lubie dans les arts et les lettres ?
Aiko Solovkin : Une intensité. Dans les échanges et dans les rencontres. Voir et vivre comment se crée en quelques heures une communauté, éphémère ou non, les premières intuitions et affinités qui posent des liens, les confidences glissées au détour d’une phrase ou d’un verre, une dynamique d’un groupe qui s’installe dans un temps très court, plus resserré et qui accélère la richesse et la profondeur des rapports humains. La part de soi, parfois inattendue et intime, qu’on donne aux autres dans cette temporalité singulière et celle tout aussi forte et étonnante qu’on reçoit en retour. Europe-Maghreb, l’inconnu qui s’incarnent dans des individus, des rencontres entre deux rives propices àdénouer des malentendus, fantasmes et stéréotypes, reconnaître des points communs, accepter d’être surpris, parfois heurté, renoncer à des certitudes, donner et recevoir, c’est-à dire, apprendre. Donc oui, ces rencontres sont évidemment importantes .
L. : En quelques phrases pouvez-vous nous résumer «Les influences : indispensables et critiques», l’intitulé de votre session…
A. S. : Mes influences les plus nécessaires sont mes propres démons. Churchill parlait de ce «black dog»
qu’il avait en lui et se réveillait parfois. Mes «black dogs à moi» forme un petit zoo, tantôt en sommeil, tantôts échappés de leurs cages et affamés. Ils se transforment en puissant carburant quand je parviens à installer un équilibre entre eux et moi, un double mouvement qui consiste à les nourrir pour les apaiser et à accepter leur morsure, l’admettre comme une condition essentielle pour moi de l’écriture. In fine, écrire pour soi, contre soi et malgré soi, (se) nourrir et être mangée.
L. : Comment avez-vous vécu la parution de votre roman «Rodéo» et sa réception par vos lecteurs,-roman qui remporte le prix de la première oeuvre aux prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2016- ?
A. S. : Une force nouvelle qui m’accompagne et se traduit par une joie intime et silencieuse, celle d’oser envisager que je ne me suis pas complètement trompée de rêve, que l’étoile suivie depuis si longtemps se laisse enfin effleurer du bout des doigts.
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