L’ivrEscQ : Votre parcours est riche, il est marqué par des œuvres qui ont eu du succès. On cite à ce propos Demeures du bleu (Hibr édition, Alger 2009) et Liban (Chihab, Alger 2010). En analysant votre parcours, quel est l’ouvrage le plus marquant ? Yamilé Ghebalou-Haraoui : Le plus marquant reste Liban. Pour moi, il s’agissait d’un défi personnel: écrire sur l’étendue et la longueur tout en essayant de garder la densité que l’on a en poésie. Je voulais aussi cerner tous les thèmes qui me tenaient à cœur comme mon pays. Mon but c’était de le mettre en résonnance avec d’autres lieux qui comptent pour moi. Il y a le Liban à ce propos et son histoire particulière. Outre l’amour et la spiritualité, il y a aussi le thème de l’enfance auquel très peu de personnes et de critiques ont été sensibles. Beaucoup de conflits déchirent le monde. L’enfance est saccagée dans certains pays, elle n’est pas prise en charge. Des choses qui nous donnent des individus cruels, tyranniques, insensibles, prêts à la négativité sous toutes ses formes. C’est la force de vie qui fait agir, qui fait que l’on recherche des identifications positives, et des idéaux. Il est très important à mes yeux de montrer cet aspect, car derrière tous nos actes, il y a une quête.
L. : En tant que femme de lettres, comment estimez-vous le statut de la poésie en Algérie ? Peut-on l’améliorer ? Peut-on sensibiliser les générations à venir pour créer un regain d’intérêt ? Y. G. H. : En Algérie, les gens goûtent le plus souvent à la poésie sous sa forme populaire : ils aiment le châabi, les vielles ballades d’antan que ce soit en chaoui ou bien en kabyle. Il y aussi les mouwachahates, l’andalou et les poèmes qui le caractérise, sans oublier les textes de Boudjamma El Ankiss et Ait Menguellet. On sent qu’il y a un certain goût pour la parole, les mots, ce qui est bien dit et formulé. Une poésie qui renvoie à nos enracinements culturels profonds. Quand on écrit en français, c’est différent, il faut être sensible à cette langue. S’exprimer pour goûter vraiment à son expression poétique. Néanmoins, il existe une certaine catégorie de public qui s’intéresse à ces poètes. Je trouve que nous devons initier nos enfants à l’écoute, à la découverte des mots, à l’amour de ces derniers, leur donner le goût du beau dans tous les domaines. En les rendant conscients, on leur permettra de voir et d’entendre de manière significative. C’est important de sortir des «petites mécaniques», celles de l’habitude, des préjugés, des idées surfaites. Les adultes ont un travail à faire sur eux-mêmes d’abord, pour être des transmetteurs du beau. Je reste persuadée que tout ce qui est fait avec amour, même une petite initiative, relève du beau. Nous avons à redécouvrir ces choses basiques et simples, au-delà de ce qui est galvaudé et incompris.
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