« Un roman ne peut être crédible que s’il pose les questions inhérentes au réel national »
Youcef Merahi est un poète. Après avoir publié depuis 1981 six recueils dominés par différentes typologies scripturales et thématiques – d’une élégie très personnelle à un souffle épique – il s’est accroché depuis peu aux filets de l’imaginaire romanesque. Depuis 2008, il nous donne à lire chez le même éditeur auquel il reste fidèle, Casbah Editions, un roman annuel, de dimension habituelle (autour de 140 p.), de la même encre sans pour autant être d’une identique allure. En effet, des quatre romans publiés à ce jour, le premier, Post-Scriptum, n’a rien de commun avec la trilogie suivante.
Post-Scriptum (2008) est un roman épistolaire qui reprend un mythe célèbre de l’amour arabe, celui de Kaïs et de Leïla. Il s’agit d’explorer si ce couple fictionnel du passé pouvait avoir une projection, sinon un rapport avec le réel d’aujourd’hui. D’une écriture binaire alternant interrogation et réponse, les deux correspondants-narrateurs tentent d’entrer en contact et échouent. Il nous semble que Merahi ait entrepris la première expérience dans la littérature algérienne en abordant un sous-genre inconnu sous nos cieux. On ne saurait donc s’étonner que son roman soit passé injustement sous silence, la littérature-laboratoire ou expérimentale n’a pas encore les ferveurs du lectorat local.
L’écrivain conçoit alors un projet littéraire de retour au réalisme, voire à l’hyperréalisme, dans une écriture romanesque conventionnelle, deux objectifs auxquels la critique et le public ont été sensibles. Une trilogie est née donc et a pour matrice l’Algérie d’aujourd’hui devenue un contexte historique précis (la « décennie noire »). Importance de l’intrigue dans le vécu et le réel, nécessités des techniques traditionnelles de narration (portraits, descriptions, dialogues, atmosphères), personnages nombreux et complexes, usage de nombreux registres de langues dont une réappropriation de l’algérien tel qu’on le parle (francarabe, arabe populaire, kabyle, bref une langue qui transcende et magnifie), telle est la nouvelle démarche romanesque de Merahi (…)
Suite de l’article dans la version papier
abonnez-vous à L’ivrEscQ
Il n'ya pas de réponses pour le moment.
Laissez un commentaire